Blanche

BOULET

Ouistreham

25 ans, infirmière lors du débarquement

Je suis anciennement Blanche Vaudevire, je suis née le 7 février 1919 à Ouistreham.

Après mon certificat, j’ai appris la couture pendant deux ans et ensuite je suis allée sur Paris où je m’occupais d’enfants.

Avec les bruits de la guerre, je suis revenue sur Ouistreham où j’ai fait des petits boulots.

Dans l’ensemble, les Allemands étaient très très corrects. On n’a pas eu à se plaindre d’eux. 

Et effectivement, à Ouistreham, il y avait beaucoup de maisons secondaires et beaucoup de maisons de parisiens. Et donc les allemands ne se sont pas imposés si on peut dire dans nos maisons. Ils ont pris au fur et à mesure ce qui leur plaisait. Les maisons des estivants.

Blanche, volontaire dans l’armée française en 1945

Après l’arrivée des Allemands, j’ai fait des ménages.

Avenue de la Mer - elle existe toujours cette boulangerie - le fils me demande - j’avais soignée une amie qui venait d’accoucher etc -

Le fils de la boulangère vient et me dit :

« J’ai pensé à toi ». Et donc je suis rentrée comme caissière.


Alors bon, arrive le débarquement. Le 5 au soir à 11h du soir, on entendait des avions passer. On les cherchait mais ils longeaient le canal. Et c’était des troupes anglaises, des avions qui remorquaient des planeurs.

Moi je n’ai pas dormi la nuit. On parle du débarquement:   « c’est peut-être là  » ?

A un moment donné, il y a eu une accalmie. Le port était en feu et des avions, ça passait, ça passait, ça passait… Ah là là, ce bruit! Et puis ce bruit qui s’amplifiait de l’autre côté bien sûr.

Moi je n’ai rien vu mais j’ai tout entendu. Tout entendu… ce bruit, c’était quelque chose d’infernal.

Et puis je suis allée à l’Accalmie.  C’était la maison où nous avions notre poste de secours.

Je vous assure que j’étais un vrai automate: j’ai soigné, j’ai nettoyé… On n’avait ni eau, ni électricité. Le soir, quand on avait des blessés, on les soignait sous les lampes tempêtes.

A 8h du matin, le maire arrive. Il dit: “Le débarquement est en cours, la mer est noire de bateaux.

Et à un moment après, on avait ce jeune, un anglais et un moment après, deux autres. « Et mais nous on est Français, on a débarqué avec Kieffer » !


Question : « Vous êtes surprise de voir des Français débarquer, de voir des Français en uniformes britanniques qui sont là à Ouistreham ? ».

Eh oui, eh oui ! 177 hommes, c’était peu, par rapport aux milliers qui ont débarqué.

Dans l’après-midi, on avait un grand blessé dont la femme avait été tuée le matin au port. Il avait la gangrène gazeuse. 

Blanche a été décorée de la médaille de Vermeil de la Croix-Rouge après 18 ans d’engagement

J’étais tellement tendue moi que j’ai éclaté en sanglots. Et les copains : « allez Blanchette, ne pleure pas ». Le docteur leur dit : « Laissez-là, elle en a vraiment bien besoin ».


Question : « vous pouvez nous parler rapidement du commando Paul Rollin, que vous soignez? Racontez-nous son histoire et sa famille qui revient l’année d’après » ?

Il y a des gars du pays qui sont allés vers le casino où ça s’était bagarré la veille.

Il n’est pas mort celui-là. Donc ils nous l’ont amené au poste de secours et il est parti avec nos grands blessés deux jours après.

On ne peut pas dire que je l’ai soigné. Je l’ai vu ce garçon. Il était dans un état comateux.


Question : « Pendant 40 ans, vous avez fait le choix de ne jamais retourner en Normandie » ?

J’y suis allée pendant les vacances, mais jamais pour le 6 juin. Jamais pour le 6 juin.


Il y a encore des gens qui soutiennent cet homme… Hitler. Mais mon Dieu, quand on pense à toutes les atrocités qui se sont passées sous son règne… Moi je sais qu’un jour je suis allée en Allemagne justement. Et il y a une petite jeune de 15 ans. Elle me dit: « Madame, j’ai honte de ce que nos grands-pères ont fait ».

Quand on pense à ça, cette atrocité qu’il y a eu…