Désiré

DAJON-LAMARRE

Ouistreham Riva-Bella

Le gamin de Ouistreham, 12 ans lors du débarquement

Je m’appelle Désiré Dajon-Lamarre, je suis né le 23 novembre 1931 et j’ai toujours habité à Ouistreham Riva-Bella.

Nous, enfants de Riva, on partait, encadrés avec les grands. Pour éviter les bêtises, ils avaient pour mission de nous protéger.

On arrive le 19 juin 1940 au carrefour de Ouistreham, le carrefour qui va au port, au bourg et à la plage.

Les grands disent : « Les Allemands » ! Et de fait, il y a un side-car qui arrive en plein milieu du carrefour, et il y a un Allemand qui est descendu, la mitraillette à la hanche, et il est entré dans l’épicerie juste à côté du carrefour.

Léa s’est fait tatouer le gant de boxe de son grand-père, souvenir d’un soldat britannique du 6 juin 1944

Ma grand-mère qui me gardait m’a dit : « tu ne sors pas, tu ne sors pas ».

Tout, il fallait donner tout. Et ils ont instauré des cartes d’alimentation.

Nous, on n’a pas beaucoup souffert si on peut dire… de la viande. Le pire, c’était le pain. On avait des poules, des lapins.

Jouer, c’était la rue. Et, il ne fallait pas oublier, c’était d’aller à l’herbe aux lapins.


Pendant l’occupation allemande, ce qui a beaucoup changé, c’est quand il y a eu les premiers bombardements. 

Je sors de la cave… Je lève la tête. Qu’est-ce que j’ai vu ? Des bombardiers. Mais des chasseurs tout autour, tout autour, au-dessus de la maison, la grand-mère qui m’appelait.

Et puis tout à coup, ça tombait, ça tombait. Je suis bien vite rentré chez la grand-mère.

Les Anglais le 27 avril, ont largué des bombes incendiaires, des bombes soufflantes, des bombes explosives.

Ma tante qui était allitée pour des petits problèmes de santé, est partie avec l’ensemble de la charpente et elle s’est retrouvée dans le terrain d’en face où est le CES, le collège.


Et ce jour-là, 1er juin 1944, je revenais, et j’entendais les avions, les avions, les avions… Mais tu ne voyais rien.

Et d’un seul coup, ça tombait, ça tombait. Tout le cœur du bourg, nos écoles, notre école de solfège… tu voyais les pupitres dans les trous de bombes.

Et moi je regardais en l’air, avec ma timbale. Il y a un Allemand qui est passé derrière moi, il m’a donné une claque dans le dos, et il s’est couché à côté de moi et il a mis la main…Je vous le promets, ce que je dis, c’est avec sincérité.

Qu’est ce qui est arrivé d’un seul coup? Derrière notre abri, un obus qui est tombé.

L’abri a commencé à s’écrouler. « Vite sortons » !

Le cahier d’écolier de Désiré commencé en juin 1944 et qu’il n’a jamais quitté depuis

Et là j’ai été blessé. Et en tombant, j’ai eu la main calcinée, pas brûlée, mais c’était roussi. C’était l’éclat qui était à côté de moi.

J’ai toujours entendu ma maman qui disait : « un pas de plus, un pas de moins, et tu aurais pu avoir la jambe coupée ».

C’est quand je suis revenu d’être soigné, qu’il y avait les chars qui étaient restés encore. Qui m’ont monté, il y avait un Anglais qui avait la mitraillette à la hanche, et que j’ai eu ma paire de gants de boxe en souvenir.

Et les Anglais, c’est formidable quand même, ils avaient déjà fait l’infirmerie, ils avaient un grand drapeau. Et on était à proximité de l’infirmerie, et c’est là que les Allemands, à chaque fois, larguaient une bombe par ci, une bombe par là.


J’ai une photo où la famille est prise avec les Anglais, parce que ma maman lavait le linge, donnait des conserves, et puis j’étais toujours avec les Anglais.

Dès que l’école était finie… ils sont restés jusqu’au mois de février.


L’école a dû reprendre au mois d’octobre, en attendant que les réfugiés, tout le monde soit revenu.

Le directeur d’école a réuni toutes les classes confondues dans les cours de récréation où est actuellement la mairie. Et il nous a lu tous les noms de nos petits camarades qui ne seront pas assis à côté de nous. Ça fait quelque chose, parce que tu penses à un petit copain.

Et ensuite, la mairie, à l’époque j’étais adjoint.

Mon instituteur me dit: « mais Désiré, pourquoi tu ne témoignes pas » ? Et c’est là, petit à petit qu’il m’a dit: « continue, il faut que tu témoignes ».


Sur la transmission : C’est un besoin pour moi de ne pas vivre ce qu’on a subi nous. Les privations, la guerre, tout.. c’est un besoin. Je me sens libéré des choses que j’ai vécues.