Isabelle
LAFORGUE-DESGUET
Lion-sur-mer
Petite-fille d’Henri Desguet, chef de la Défense Passive à Lion-sur-Mer
Je m’appelle Isabelle Desguet de nom de naissance. Je suis née le 25 janvier 1956 à Caen.
Mon papa, il est né le 4 mars 1914, alors que son papa lui-même, allait partir à la guerre.
Sinon, il faut savoir que mes parents se sont mariés le 29 avril 1939 et qu’un an après, mon père participait à la Bataille de Narvik. Donc difficile pour des jeunes mariés d’être séparés comme ça. Il revient en juillet 1940 au moment où déjà l’occupation commence.
Henri et son fils Pierre Desguet, unis dans le même engagement
La principale chose sur la période de l’occupation, c’est qu’il a cessé toute activité de son entreprise parce qu’il ne voulait pas travailler pour l’occupant.
Et une entreprise de plomberie, on voit bien que cela peut être utile pendant la guerre. Donc il a fermé son entreprise, et afin de procurer malgré tout du travail à ses ouvriers et à lui-même, il s’est mis mareyeur.
Donc il a acheté des Doris (petite barque à fond plat). Ses ouvriers qui étaient tous pêcheurs en plus. Et ils ont péché les moules ici à Lion.
Mon grand-père est mort le 2 juillet 1944 sur la place de l’église. Donc je ne l’ai pas connu, il est mort 12 ans avant ma naissance.
Je voyais juste son portrait, chez ma grand-mère. Et on en parlait pas tellement de mon grand-père. Le traumatisme était grand, puisque toute la famille ce 1er juillet, dormait encore dans des abris. Et quand ils ont entendu l’explosion qui devait quand même être assez considérable, puisque même l’église avait été touchée, tout de suite ils sont allés voir ce qu’il s’est passé.
Il avait incité la population à faire des tranchées. Probablement qu’il avait préparé autre chose, toute une organisation puisque quand le 5 juin commence, les premiers bombardements qu’ils entendent, les avions qui voient les bateaux, tout s’organise très vite.
Mon père est jeune, il va jeter un coup d'œil, quand même, voir ce qu’il se passe. Et là il voit cette mer pleine de bateaux, tout ce débarquement formidable. Et donc dans la journée, il ira chercher ma mère. Il l’amènera et lui dira : « tu ne reverras jamais ça, viens le voir ».
Mon grand-père et mon père partent pour organiser justement les secours et se retrouvent assez vite au cœur des combats puisque ils vont se retrouver au milieu de la bataille de chars en allant chercher des blessés qui étaient aux écoles.
Et là, il n’y avait pas de doutes à avoir… Le poste de secours avait sauté complètement. Donc ils savaient que mon grand-père était là. Et donc mon père est allé avec d’autres habitants bien sûr déblayer ce poste de secours pour retrouver les 15 morts qui étaient sous les décombres.
Lion a perdu le maire, le médecin, les infirmières, donc mon grand-père, chef de la défense passive, l’instituteur qui était son adjoint à la défense passive. Enfin bref, la ville a été assez impactée par ces décès.
Le 6 juin, évidemment, ma famille était très impliquée. Il faut savoir qu’au début, il n’y avait aucun monument sur notre côté à nous. Et donc la seule cérémonie qu’il y avait, c’était une cérémonie au cimetière britannique d’Hermanville.
Mon père a été très impliqué puisqu’il était à la fois conseiller municipal, adjoint au début. Il était président des anciens combattants et président du Souvenir français.
Toute petite, je me suis rendue avec lui tous les 6 juin avec toute ma famille à ce cimetière pour un hommage évidemment aux soldats qui étaient tombés lors de ce débarquement.
Moi-même j’ai été enseignante à Hermanville et mon enseignement de cette guerre…
...Pour mettre en pratique l’enseignement, j’emmenais systématiquement mes élèves à ce cimetière puisqu’il était sur la commune.
La guerre, c’est une chose qu’il faut absolument éviter et qu’ils sont là pour bâtir la paix. Et que la paix, elle se bâtit tous les jours.
La paix, elle ne tombe pas du ciel, et qu’il faut la bâtir, et c’est nous, avec nos mains qui devons la bâtir.