Melville
BOUCHARD
Ouistreham Riva-Bella
Petit-fils de Georges Bouchard, un des membres du commando Kieffer
Je suis Melville Bouchard, 52 ans. Je suis né à Lyon, je vis à Lyon. Je suis le petit-fils de Georges Bouchard, lui-même né à Lyon et qui a débarqué le 6 juin 1944 au sein des commandos français des « Free French Commandos » comme on les appelle, qui étaient rattachés au commando n°4 britannique, donc les 177 Français ayant débarqué le jour J. en d’autres termes.
Georges Bouchard était l’un des 177 français membres du commando Kieffer
À propos de Georges Bouchard : Son histoire a commencé bien avant le 6 juin 1944, en tout cas en lien avec le Débarquement puisque dans les années 40 vivait en Colombie avec son père à Barranquilla.
Et suite à l’appel du 18 juin, il décide de rejoindre la France pour s’engager. Et donc de prendre un navire qui va rejoindre et relier la Colombie à la France.
Il y a eu beaucoup d’allers-retours entre les bases françaises et les bases britanniques, et il a été stationné dans le sud de l’Angleterre.
Il se retrouve effectivement dans un camp militaire à Dundee, qui lui permet de rencontrer une jeune femme qui s’appelle Anne Ferny et qui deviendra ma grand-mère. Et qui deviendra avant tout sa femme.
Et qui se trouve être enceinte dans les premiers mois de 1944 puisque mon père est né en novembre 1944.
Donc lorsque mon grand-père est parti pour débarquer, il est assez vraisemblable et même certain qu’il ait été au courant de la grossesse de sa compagne de l’époque. Et c’est d’autant plus certain, qu’il s’est marié juste avant le débarquement.
Il est blessé le 6 juin près du Casino Bella Riva. Il prend une balle dans la jambe.
Il se retrouve avec deux autres camarades, dont d’ailleurs Philippe Kieffer, qui était aussi blessé au même moment que lui. Mais lui est rapatrié sur la Grande-Bretagne, ainsi que ses deux autres camarades, alors que Philippe Kieffer, lui, va rester encore un ou deux jours avec sa blessures à suivre l’avancée des hommes en fait.
Il fait la campagne des Pays-Bas.
Il revient en Ecosse, il est démobilisé fin 1945 me semble-t-il. Et donc finalement, il remballe tout après la guerre. Et puis il redevient le matelot. Il va travailler dans la marine marchande à partir de 1945 en Ecosse, avec sa femme et donc son fils, et donc mon père.
Toute la famille revient en France, au tout début des années 1960 de manière définitive.
Ils s’installent à Lyon, là où vit sa mère aussi. Là où vivent ses cousins, là où vit sa sœur.
Il est mort très jeune, il est mort à 56 ans, donc en 1981.
Depuis 7 ans Melville se rend aux commémorations du 6 juin avec son fils Ferdinand
Je me souviens avoir 18 ans et suivre les commémorations du débarquement le 6 juin 1944. Donc j’avais déjà conscience que mon grand-père avait débarqué. Mais ce dont je n’avais pas conscience, c’était qu’il faisait partie d’un groupe un peu particulier au sein de l’armée.
Un jour je me suis dit : « tiens, il faudrait quand même que j’aille voir sur les plages du débarquement », puisque je n’y étais jamais allé. Donc il m’a fallu attendre 45 ans, l’âge de 45 ans pour m’y rendre pour la première fois. Et depuis, tous les ans, mes enfants sont venus avec moi, et mon fils en particulier.
Lors de la première commémoration à laquelle j’ai assisté, donc la 74ème, qui s’est rendue sur les plages du débarquement, notamment, sur la partie britannique on se retrouve immédiatement confrontés aux cornemuses.
Et à ce moment-là, c’est un choc. C’est littéralement un choc, c’est un choc émotionnel. C’est quelque chose qui me retourne intérieurement. Je me dis qu’il faut que je joue de la cornemuse.
Et l’année prochaine, je vais pouvoir jouer de la cornemuse avec toutes ces personnes que je viens de croiser sur les plages.
Et je pensais notamment à Léon Gautier, parce que du coup, il ne restait plus que lui à un moment donné.
Donc oui, c’était extrêmement symbolique. De jouer pour Léon Gautier, c’était jouer pour tous les gars, pour tous ces gens et c’était jouer pour mon grand-père.
Je pense que cette commémoration du passé n’est que le triste miroir du présent et que c’est un éternel recommencement en réalité.
Et des guerres se tiennent à nos portes, avec la même brutalité. Donc quel message ? Quel message ? J’aimerais bien pouvoir dire qu’on soit capable à travers les commémorations de porter un message de paix… J’aimerais bien.
Je suis Ferdinand Bouchard, j’ai 16 ans. Je vis à Lyon. Je suis l’arrière-petit-fils de Georges Bouchard, et le fils de Melville Bouchard.
On parle d’une personne que je n’ai jamais connue, dont je n’ai jamais réellement entendu parler. C’était un peu absent jusqu’au moment où on s’est rendus aux commémorations. En fait ça me fait réaliser ce qui a été vraiment fait sur cette plage, même si on ne peut pas vraiment se rendre compte juste avec une cérémonie.
Le devoir de paix il n’est jamais vraiment acquis de toute façon, il y a des guerres de partout, tout le temps. C’est juste, pour moi, c’est important de commémorer et garder un lien, même avec ses ancêtres, même si ce lien n’a pas forcément été créé sur le moment.