Denise & Monique CARPOPHORE

Savannah FRANÇOIS

Lion-sur-mer & Caen

La famille Carpophore, les souvenirs du débarquement sur plusieurs générations

Denise Carpophore, je suis née le 31 juillet 1937.  À Lion-sur-mer. J’avais 7 ans, mais je me souviens de tout. 

Les Allemands faisaient toujours demi-tour devant la maison. Et papa écoutait Radio Londres.

Alors maman faisait une crise de nerfs :  elle cassait la vaisselle, pour faire du bruit, pour pas qu’ils entendent.

Normalement, on devait être 7 et on était 18 dans la tranchée.

Dans la tranchée, j’avais une tante qui a piqué une crise de nerfs, Louisette. Toi (Marie-Louise)  tu étais dans les bras de Maman, et moi j’étais assise à côté de ma grand-mère et ça canardait au-dessus. 

Le poste de radio clandestin de la famille et des objets collectés dans les maisons occupées.

Des « Je vous salue Marie » et  «Notre Père », il y en avait…

On nous a ordonné de partir, de se réfugier sur Caen.

On est partis, et,  à Hermanville, il y a eu une attaque d’avions. Donc on est rentrés dans le bois. Roger au milieu, papa sur moi et maman sur toi.

Quand ça a été fini, papa a dit :

« on rentre à la maison. Si on doit mourir, on mourra dans l’ombre, à la maison » .

On est rentrés et on est restés dans la tranchée 3 jours et 3 mois dans la cave.

Il y avait une maison qui avait été transformée en blockhaus et ils étaient une dizaine d’Allemands qui ne voulaient pas sortir. C’est mon oncle qui a emmené les Anglais et c’est la dernière rue (de Lion) qui a été libérée.

Moi je ne peux plus entendre les avions, c’est difficile. C’est surtout les avions… Parce qu’au-dessus de la tranchée, ça sifflait. J’ai la chair de poule et depuis, je ne sors pas…

J’avais 7 ans et je n’ai pas oublié. Je me suis dit: « S’il y avait quelqu’un au-dessus, il ne permettrait pas cela ».

Je suis Monique Carpophore, je suis née le 28 décembre 1950 au 23 rue Bertin à Lion-sur-Mer.

J’ai tanné papa pour qu’il écrive tout cela. Papa il n’en parlait jamais. Jamais il ne nous a parlé. 

Il a commencé à en parler quand il a eu des petits-enfants et quand les petits-enfants ont commencé à grandir.

Alors là, c’était des sujets de conversation quand il y avait des repas de famille. Et une fois, sur la fin,  je lui ai dit: « bon bah c’est bien papa, tu nous racontes cela, on sait, mais faudrait que tu l’écrives ».

C’est vrai que la guerre, c’est pas à souhaiter. Je me rappelle ma grand-mère qui disait toujours: « vaut mieux la paix que la guerre », et ça, je dis toujours cela à mes enfants.


Je m’appelle Savannah, je suis née le 29 octobre 2004 à Caen et j’ai actuellement 19 ans.

Je suis la petite-fille des Carpophore, et donc la petite-fille de Monique Carpophore. Il ne faut pas les oublier.

Savannah porte en tatouage la date de naissance de ses arrières grands-parents. 

Ma grand-mère me disait beaucoup quand j’étais toute petite : va voir tes arrières grands-parents. Tu verras, sinon tu le regretteras. Et je suis contente d’en avoir parlé avec eux, d’avoir profité d’eux. Je dirais à tout le monde: profitez de vos arrières grands-parents, grands-parents. Ce sont des personnes qui ont des vies très riches. Au contraire, il faut les écouter, il faut être là pour eux et ils ont beaucoup de choses à nous transmettre.

Aimez-vous, profitez de vos familles, parce que c’est maintenant ou jamais.