Gérald ELLEN

& Julie CALBERG ELLEN

Lion-sur-mer & Luc-sur-mer

Le devoir de mémoire transmis par l’amour familial

Je m’appelle Gerald Ellen. Je suis né en 1948, au mois de mai, le 12 mai 48, après la fin de la guerre. Et je suis né à Londres.

Mon père n’a pas connu l’occupation puisqu’il était en Angleterre. Et l’Angleterre, à part Jersey, n’a pas été occupée par les Allemands.

Mon père est arrivé en France le 7 juin. Il a débarqué entre Lion-sur-Mer et Luc-sur-Mer. Il parlait très peu de la guerre: c’était un pacifiste.

Mon père a été élevé dans un milieu très strict, où il n’avait pas le droit de chanter le dimanche. Et il est arrivé dans la guerre en tant que pacifiste.

Il avait fait la guerre au Libye, sous les commandements de Montgomery. Ensuite il a fait le débarquement en Sicile. Et donc le débarquement en Normandie, c’était son 3ème débarquement quand même.

Le battle dress du soldat britannique Arthur Ellen

Il a débarqué ici le 7 juin et il était radio. Donc il avait une radio sur lui, et pour cette raison, il a débarqué sur le capot d’un camion, sans se mouiller et sans tirer un seul coup de feu. Il n’est pas resté sur la plage, ils sont tout de suite remontés en terre, et je me demande s’il n’était pas au camp Hillman ?

Ensuite ils ont traversé la Seine, pour aller sur le Havre, Le Havre qui n’était pas encore libéré.

Il était campé à Criquetot L’Esneval, et c’est là qu’il a rencontré ma mère.

Alors ce jour-là ils avaient libéré Goderville - maman était Godervillaise - et mon grand-père a invité trois soldats britanniques à venir boire un coup pour fêter la libération de Goderville. Et parmi les trois, il y avait mon père. Et là, immédiatement, il a rencontré maman et il y a dû avoir le flash ou le « crunch » comme on dit maintenant, le coup de foudre !

Je crois qu’ils sont restés une semaine ou dix jours à Goderville. Et à la suite de cela, ils ne se sont plus vus pendant un an, mais pendant un an, tous les jours, ils s’écrivaient.

Et après cela, le 51ème Highland Division est remonté vers les Flandres, la Belgique, les Pays Bas, là où ils ont libéré un camp. Le seul camp de concentration au Pays Bas qui était à Vught. Donc ils ont libéré ce camp-là.

Et ensuite, ils sont remontés jusqu’à Hambourg et je crois qu’il a été démobilisé à Hambourg.

Maman pendant tout ce temps-là écrivait ses lettres quotidiennes à mon père, sans en recevoir forcément tous les jours.

A la fin de la guerre, ils se sont retrouvés. Et ils se sont fiancés. Maman a pris le premier bateau de passagers à Dieppe, pour aller visiter sa belle-famille ou sa future belle-famille anglaise. Là ils ont organisé le mariage qui a eu lieu à Goderville en 1946.

Et ces histoires me bouleversent un petit peu depuis que je suis venu ici je crois, ou depuis la perte de mon père. Depuis sa disparition, on essaie de raviver la mémoire de ses parents.

Ça fait partie de ma personnalité, de moi. Je suis né dans ce contexte, donc je pense que c’est important de savoir d’où on vient, savoir où on va.

Le parcours de la Libération d’Arthur Ellen

Je voulais dire quelques mots aussi sur la transmission des valeurs.

Les valeurs d’intégrité que mon père nous a transmises. Moi j’essaie de les transmettre et de le transmettre aussi à mes enfants.

Mon grand-père parlait peu de la guerre. Ma grand-mère assez peu aussi. Et en fait, de cette période et de leur histoire, ils ont gardé beaucoup de choses secrètes.

Cette histoire d’amour-là a été très forte, dans la famille. C’était vraiment un pilier. Et en plus, c’était une histoire d’amour multiculturelle parce qu’il y avait des nationalités différentes, des religions différentes.

Il écrivait l’amour qu’il avait pour ses petits-enfants. Cette façon-là de dire aux gens qu’on les aime.

Et papa l’a aussi : il dit beaucoup plus « je t’aime » que le disait sa mère, que le disait ma mère. Et c’est quelque chose que j’essaie de faire moi-même avec mes enfants.

Lui qui avait vécu des choses abominables, il en avait gardé le fait que ce qui était important, c’était de se dire qu’on s’aimait.